Le Metasequoia glyptostroboides, une découverte botanique remarquable au siècle dernier.

Par: Gilles Vincent, C.M., C.Q.

L’histoire de la découverte du Metasequoia glyptostroboides au siècle dernier, comme l’a été celle du Gingko biloba, est fascinante. Bien qu’il ait été découvert en Chine vers 1945, deux questions subsistent toujours à savoir : d’abord, comment ce fossile vivant a été découvert et ensuite, qui a introduit des semences de cet arbre majestueux aux États-Unis et ailleurs dans le monde.  Le plus souvent connu sous le nom de Métasequoia on le nomme parfois Séquoia de Chine ou encore Sapin d’eau puisque ce conifère, de la famille des Cupressaceae, affectionne les habitats humides et les bordures de cours d’eau. Par ailleurs, il est l’un des rares conifères à perdre ses aiguilles en hiver – tout comme notre mélèze (Larix laricina) – et son feuillage gracile prend une belle couleur pourpre en automne. (Photo 1).  Lorsqu’il atteint une taille adulte, son port est majestueux et son tronc est marqué de profonds sillons. (Photo 2). Le Metasequoia est considéré rustique à Montréal (zone 5b) mais dans la plupart des publications traitant de sa croissance au Québec, il est mentionné qu’il atteint rarement une taille supérieure à 10 mètres.  Mais contrairement à cette affirmation, dans le sud du Québec, il peut atteindre une taille considérable et cela, en très peu de temps.  Malheureusement, un enjeu de racines superficielles, causant des soucis à un voisin, m’a obligé à le faire abattre en 2024.  Sur la photo No. 3 on peut observer son tronc, après l’abattage, avec ses larges anneaux de croissance.

feuillage du metasequoia glyptostroboides
Photo 1. Feuillage du Metasequoia glyptostroboides à l’automne avant de perdre ses aiguilles. Crédit : Arboretum Arundel
tronc du metasequoia glyptostroboides adulte
Photo 2 :Tronc du Metasequoia glyptostroboides adulte.
Crédit : Longwood Gardens
tronc de metasequoia glyptostroboides a 25 ans
Photo 3: Tronc de mon Metasequoia glyptostroboides agé d’environ 25 ans. À noter les larges anneaux de croissance annuels.  Crédit : Gilles Vincent

Des fossiles de ce conifères étaient fréquemment retrouvés dans tout l’hémisphère nord car ils étaient très abondants sur ce territoire il a quelques 100 millions d’année (Photo 4). Toutefois, ces fossiles étaient toujours associés aux genres Sequoia et/ou Taxodium.  C’est en 1941 que le paléobotaniste japonais Shigeru Miki (1901-1976), alors jeune chercheur à l’Université de Kyoto, a remarqué la forme atypique des feuilles et des fruits de ces fossiles et fut ainsi le premier à identifier et nommer le genre Metasequoia. Ce nom signifie « semblable à un Sequoia ».  Mais, comme tous les fossiles retrouvés dataient de l’ère mésozoïque, c’est-à-dire il y a plus de 100 millions d’années, tous les botanistes de l’époque s’entendaient pour affirmer que le Metasequoia avait disparu depuis bien longtemps.

fossile de metasequoia glyptostroboides
Photo 4. Fossile de Metasequoia glyptostroboides trouvé en Alberta datant de l’époque du Paléocène. 66 millions d’années à 55 millions d’années.
Crédit : Wikipedia

En 1943, en Chine, le forestier Zhang Wang (1910-2000), alors rattaché au Bureau de la recherche forestière de la municipalité autonome de Chongqing, a récolté près du village de Moudao (Province du Hubei) un spécimen de conifères alors inconnu. 

village de moudao, la première récolte du metasequoia glyptostroboides
Figure 1. Village de Moudao, où la première récolte du Metasequoia glyptostroboides de Chine a été faite et autres provinces de Chine où l’on peut encore trouver des populations naturelles de ce conifère. (Crédit : Modifié de Crane)

Toutefois, à cause de ses nombreuses responsabilités administratives Zhang n’a pas porté une attention particulière à sa récolte.  Ce n’est que plus tard qu’il identifia le spécimen comme étant une espèce de conifère, commun dans la région, un Glyptostrobus pensilis pour lequel il déposa un spécimen à l’herbier de son institution.  Ce spécimen dont l’identité était encore inconnue, deviendra incontestablement la première récolte de cette espèce de conifère que l’on croyait éteinte depuis une centaine de millions d’années ! Il faut dire qu’à sa décharge, la Seconde Guerre sino-japonaise (1937-1945) faisait rage, caractérisée par l’Invasion de la Chine par le Japon et il n’est pas surprenant que Zhang ne connût pas à cette période la découverte du genre Metasequoia qu’avait faite le paléobotaniste japonais Shigeru Miki.

En 1945, Zhang Wang a fait parvenir quelques-uns des spécimens qu’il avait récoltés au Dr Cheng Wan-Chun (1904-1983), un professeur de dendrologie à l’Université de Chongqing qui a immédiatement réalisé l’identification erronée du spécimen reçu mais sans pour autant être certain de son identité.  L’année suivante, il a envoyé un de ses étudiants au cycle supérieur au site Moudao afin de faire une nouvelle récolte de ce conifère identifié à tort comme Glyptostrobus pensilis.   À la suite d’examens minutieux de cette nouvelle récolte, il conclut que ce conifère était une découverte extraordinaire mais toujours sans pouvoir l’identifier.  L’année suivante, Cheng Wan-Chun a fait parvenir ses spécimens au Dr Hu Xian-Su (1894-1968), alors directeur de l’Institut de Biologie de Beijing et considéré comme le père de la taxonomie moderne en Chine.  Hu Xian-Su a immédiatement flairé l’importance de cette découverte tout en étant toujours incapable d’identifier ce conifère.  Comme Hu Xian-Su avait obtenu son doctorat de l’Université de Harvard en 1925 sous la direction de Elmer D. Merrill (1876-1956), éminent botaniste, directeur de l’Arnold Arboretum d’Harvard, il a pris l’initiative d’envoyer ces spécimens à Merrill ainsi qu’au paléobotaniste de l’Université de Californie, le Dr Ralf W. Chaney. (1890-1971).  Tous les deux, après analyses, ont formellement confirmé que c’était un conifère d’un nouveau genre, le genre Metasequoia, un véritable fossile vivant !  Mais c’est en 1948 que Hu Xian-Su et Cheng Wan-Chun ont décrit ce nouveau conifère et attribué le nom de Metasequoia glyptostroboides dans la revue scientifique chinoise Bulletin of the Fan Memorial Institute of Biology.  L’épithète spécifique « glyptostroboides » a été retenue en faisant référence au genre Glyptostroboides, un cyprès fréquent dans le sud de la Chine, présentant de fortes ressemblances avec le Metasequoia.

Mais l’histoire fascinante de cette découverte du Metasequoia n’était pas encore terminée.  La distribution des semences, qui a suivi sa découverte, fait toujours l’objet de discussions quant à la paternité de ceux qui seraient à l’origine. Il semblerait que l’Arboretum Arnold de l’Université Harvard ait fourni 250 $ pour financer une expédition menée par des forestiers chinois de l’Université de Nanjing afin de collecter des graines pour l’arboretum à partir de l’arbre de type Metasequoia à Moudao.

Ce voyage de collecte aurait rapporté plusieurs kilos de graines qui ont été distribuées au cours des mois suivants pour des essais de croissance à des institutionschinoises, à l’Arboretum Arnold, et ailleurs dans le monde.  Curieusement, il existe peu ou pas de documentation sur cette distribution de semences, sinon que l’Arboretum Arnold aurait été un acteur important dans cette distribution, mais sans reconnaître la véritable contribution des botanistes chinois.  Il faut cependant retenir que tous les Metasequoia glyptostroboides plantés sur la planète montrent très peu de diversité génétique puisqu’ils proviennent tous de quelques populations du sud de la Chine.  Ce qui explique que malgré le fait que l’on retrouve assez fréquemment des Metasequoia dans l’hémisphère nord, ce conifère apparaît comme une espèce menacée sur la liste rouge de l’Union Internationale de le Conservation de la Nature (UICN).  

Bien que peu fréquent dans nos régions, on peut admirer quelques beaux spécimens matures de Metasequoia dans la région de Montréal notamment au Jardin alpin et au jardin de Chine du Jardin botanique de Montréal.  Au Jardin de Chine, sur le sentier menant au Kiosque de la douceur infinie, ce Metasequoia porte une plaque commémorative visant à souligner le travail remarquable de Paule Lamontagne (1941-2024) qui a été présidente des Amis du Jardin botanique de 2002 à 2022.  On trouve aussi quelques beaux spécimens au cimetière du Mont-Royal ainsi que sur le campus de l’Université McGill près du pavillon de sciences biologiques Stewart.

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