Par: Gilles Vincent M.C., C.Q.
Il ne fait aucun doute que le Ginkgo biloba, communément appelé « Arbre aux quarante écus », est assurément l’arbre le plus fascinant du monde végétal ! Que ce soit par son origine, son histoire, sa longue relation avec les hommes, son statut taxonomique, la forme unique de ses feuilles ou encore ses propriétés médicinales, aucun autre représentant des quelques 60,000 arbres connus sur la planètene s’y compare.
Le Ginkgo biloba appartient à la famille des Ginkgoaceae, seule espèce de cette famille. Il peut atteindre jusqu’à une trentaine de mètres et sa durée de vie est très grande : on trouve même un spécimen âgé de plus de 1,200 ans au Japon à l’Université de Tohoku de Sendai (Préfecture de Miyagi). C’est une espèce que l’on dit « panchronique », c’est-à-dire que l’espèce actuelle présente beaucoup de similitudes avec les espèces fossiles qui lui sont apparentées ! Selon Sir Peter Crane, ancien directeur de Kew Garden et spécialiste du Ginkgo cet arbre est un fossile vivant. Des fossiles de Ginkgo, datant de plus de 200 millions d’années, ont été trouvés sur tous les continents de l’hémisphère nord, c’est donc dire qu’il a même côtoyé les dinosaures qui eux, ont disparus il y quelques 65 millions d’années.
La résilience du Ginkgo ne fait aucun doute. Un spécimen de cet arbre, se trouvant à moins d’un kilomètre de l’épicentre du terrible bombardement d’Hiroshima en août 1945, a survécu et est aujourd’hui devenu un monument presque sacralisé par les japonais (Photo 1). De plus, il serait un être vivant potentiellement immortel puisqu’il n’a pas de maladies ou parasites connus, aucun prédateur sinon l’activité humaine. Ces caractéristiques expliquent probablement pourquoi il est un arbre de rues prisé, particulièrement en Europe et en Asie.

Photo 1. Le Ginkgo biloba ayant survécu au bombardement d’Hiroshima en août 1945.
Source jeremytreehugger.wordpress.com.
Suite à des études exhaustives de fossiles de Ginkgo, il est maintenant admis que le centre d’origine de cet arbre se situe dans le sud-est de la Chine. Largement cultivé pour ses propriétés médicinales en Chine, et ce pendant des milliers d’années, il a été introduit dans le reste de l’Asie, notamment au Japon et en Corée. La première personne qui l’a décrit et identifié du nom de Ginkgo est le médecin et naturaliste allemand Engelbert Kaempfer (1651-1716) lors de l’une de ses nombreuses explorations botaniques au Japon au milieu du 17e siècle. Mais c’est le célèbre naturaliste suédois, Carl von Linné (1707-1778), considéré comme le père de la taxonomie moderne en proposant un système de nomenclature binomiale basé sur le nom de genre et d’espèce, qui a ajouté l’épithète spécifique biloba environ un siècle plus tard.
Pour peu que l’on s’intéresse aux arbres, il est très facile de reconnaître le Ginkgo notamment à cause de son architecture et sa couronne très particulière et, bien que peu fréquent, on en trouve ici et là dans des parcs, sur des terrains privés ou en bordure de rue. Pourtant, on le retrouve sur la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) avec la mention « espèce menacée à l’échelle de la planète ». La raison en est bien simple puisqu’il n’existe que deux endroits où l’on peut observer le Ginkgo à l’état sauvage. Ces deux endroits se trouvent en Chine : dans la montagne de Jinfo, (région administrative de la municipalité de Chongqing) et une autre dans le massif de montagnes de Tianmushan (Province du Zhejiang), située à quelques heures de route de Shanghai. (Figure 1).

Figure 1. Localités où deux colonies de Ginkgo biloba, possiblement indigènes, ont été trouvées. Jinfoshan (Municipalité de Chongqing) et Tianmushan, (Province du Zhejiang). Modifié de Crane, 2013.
J’ai eu ce très grand privilège d’effectuer quelques excursions botaniques dans la Réserve naturelle de Tianmushan, créée en 1996, où j’ai pu observer ce qui pourrait être l’une de ces deux stations indigènes (Photo 2). Je dois le reconnaître, c’est avec beaucoup d’émotions, à chacune de ces excursions, que je me suis retrouvé au cœur de cette colonie de Ginkgo. Ce sont des travaux d’équipes de chercheurs d’universités chinoises, l’Université normale de Shanghai et celle de Zhejiang, qui par des études sur la diversité génétique de plusieurs populations de Ginkgo, en Chine et ailleurs en Asie, ont pu conclure que ces deux populations pourraient très bien être indigènes ou naturelles, toutes deux ayant montré une diversité génétique particulièrement élevée.

Photo 2. La colonie possiblement d’origine de Ginkgo biloba de la Réserve naturelle de Tianmushan, Province du Zhejiang. Photo: Gilles Vincent.
Les propriétés médicinales du Ginkgo sont multiples ! Selon plusieurs sources, l’utilisation du Ginkgo dans la pharmacopée chinoise remonte à plus de 2,800 ans (Crane, 2019). On peut penser que c’est la grande longévité des Ginkgo, leur résilience et leur statut d’arbre résistant, qui explique pourquoi on associe souvent ses propriétés médicinales à la longévité et à la santé. Ses ovules, que l’on désigne souvent à tort d’être des fruits et qui sont portées uniquement par les arbres femelles, sont largement consommés par les chinois. Il était très courant de voir à l’automne, dans les parcs de Chine, de habitants du quartier les récolter avant qu’ils ne se décomposent et dégagent une odeur particulièrement nauséabonde.
Bien que plusieurs des propriétés médicinales du Ginkgo n’aient pu être démontrées scientifiquement, ses feuilles sont riches en composés antioxydants et la médecine traditionnelle chinoise nous réserve toujours des surprises, souvent difficiles pour nous occidentaux de prendre au sérieux. Mentionnons que l’importance du Ginkgo en Asie est telle que de nombreuses universités de ce continent ont une feuille de Ginkgo dans leur logo respectif.
Que ce soit par son port particulier, son histoire fascinante ou encore la couleur jaune écarlate unique que les feuilles prennent à l’automne (Photo 4), le Ginkgo biloba a toujours été l’un de mes deux arbres préférés, l’autre étant le Metasequoia glyptostroboides (Métaséquoia du Sichuan), aussi originaire du centre de la Chine et placé sur la liste des plantes menacées à l’échelle de la planète. La zone de rusticité du Ginkgo biloba est 4b et il pourrait donc être planté beaucoup plus fréquemment dans la région d’Ottawa et faire la joie des amoureux de la Nature des arbres ornementaux.

Photo 4. Le jaune écarlate unique des feuilles du Ginkgo biloba à l’automne. Photo: www.jardinage.lemonde.fr
Sources bibliographiques: Crane, P. (2013) Ginkgo, the tree that time forgot, Yale University Press, 384p.






